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Octobre hongrois

Placé haut dans le ciel, un soleil radieux fait scintiller les champs de maïs dorés. Sur la plaine lumineuse, l’or des acacias et des peupliers recouvre peu à peu le vert des saules et aulnes. Les chevreuils courent au milieu des tiges de maïs desséchées, passant d’une rivière à une autre. En ce mois d’octobre, temps de rébellion, de multiples murmures s’élèvent et, portés par les nombreux cours d’eau oscillant entre les saules et acacias, se propagent à travers tout le pays. Ces murmures qui portés par le vent soufflant sur les vagues bleues du lac, secouent les feuilles cuivrées des peupliers bordant l’eau couleur azur. Et tandis que claironnent les cloches des églises villageoises, se forment le long des routes d’innombrables haies d’honneur toutes faites d’or et de cuivre, célébrant plus que jamais la force rebelle d’un peuple paisible et seul maître de son destin. La nature placide de la grande plaine fait progressivement entendre sa voix calme mais grondante, comme à chaque fois qu’elle voulut préserver son intégrité. Le riche mois d’octobre est une ode à l’esprit libre des chevaux de la plaine de l’indépendance. L’Est entendit ces voix, l’Ouest les entendra-t-il ?

Mon engagement va aux autres

Depuis ma prime enfance, ou presque, ce sont les autres, mon rapport à eux, qui m’ont le plus forgée. Ces autres vers lesquels ma nature introvertie ne me dirigeait pas systématiquement. Bien au contraire. L’introverti, contrairement à l’extraverti, n’a pas besoin de l’extérieur pour se ressourcer, pour se cultiver. Au lieu d’aller chercher chez les autres l’énergie dont il il aurait besoin pour lui-même, il va puiser au plus profond de lui-même l’énergie nécessaire pour donner aux autres. C’est cette nature introvertie qu’est la mienne qui me faisait lire avec avidité tous ces livres qui nourrissaient mon imagination, mon moi intérieur. C’est elle qui me poussait à rester silencieuse, dans mon coin, à attendre que l’on vienne vers moi, à observer les autres.

Pendant longtemps, mon rapport à l’autre a été, il faut bien le reconnaître, plutôt compliqué. J’ai très vite été amenée à comprendre que les autres n’étaient pas comme moi, que je n’étais pas comme les autres. Et les autres s’en sont également rendus compte ; bien plus vite que moi d’ailleurs. À être autant tournée vers ce moi intérieur, prendre conscience de l’extérieur me prenait davantage de temps. Aujourd’hui encore, mais moins tout de même. Ma conscience d’autrui a grandi, a mûri. Et elle continue de mûrir. Ainsi, j’ai fini par prendre conscience de ma différence ; matérielle, spirituelle, psychologique. Il y eut une part d’incompréhension. «  Pourquoi ? » Voire d’incrédulité. « Comment est-ce possible ? ». Puis une part, qui dans un premier temps l’a emporté, d’indifférence. Même si je trouvais curieux d’être aussi différente des autres, à vrai dire je ne m’en formalisais pas plus que ça. Là où pleins d’autres auraient sans doute voulu changer, pour être moins différents, pour être comme les autres, pour pouvoir se mêler facilement aux autres, moi j’ai tout simplement continué à être différente, à être moi-même. J’étais différente ? La belle affaire ! Je n’allais tout de même pas en pondre une pendule à treize coups ! Si Dieu nous a tous fait différents les uns des autres, pourquoi vouloir effacer ces différences ?

Je vivais donc bien ma différence par rapport aux autres, du moins dans un premier temps. Sans doute était-ce parce que j’étais un peu beaucoup sur ma planète… Il m’était ainsi très certainement plus facile de cohabiter avec d’autres, si différents de moi.

Pourtant, cela n’a pas duré, et probablement fallait-il que cela se passât ainsi.

J’acceptais d’être différente, mais cela ne signifiait pas que j’avais de bons rapports avec les autres. Eux ne comprenaient pas ma différence et d’une certaine façon ne l’acceptaient pas. Ils la rejetaient parce qu’elle les effrayait. Ce qu’on ne connaît pas prend toujours une dimension effrayante au premier abord. Et malheureusement, rares sont ceux qui parviennent à surmonter cet obstacle de la peur face à la compréhension de l’inconnu. J’ai donc été assez rapidement mise à part puis rejetée par les autres. Et parfois ce rejet s’exprimait par des moqueries, des remarques qui pouvaient être blessantes. Évidemment je n’ai réellement compris ces mécanismes socio-psychologiques que bien des années après, à la fac.

Étant sur ma planète, je n’ai pas vraiment saisi le pourquoi du comment dans les débuts, je remarquais à peine qu’il y avait un os dans le pâté, pour reprendre une expression que j’ai toujours connue. Puis, peu à peu, j’ai perçu quelque chose, de très faible, plus avec mon instinct qu’avec mes yeux et mes oreilles. Je sentais quelque chose émaner des autres. Quelque chose empreint d’une animosité plus ou moins forte. Et très vite, j’ai senti cette impression croître. Était-ce ce sentiment qu’avaient les autres envers moi qui grandissait, ou juste la perception que j’en avais ? À vrai dire, je ne sais pas. Le fait est qu’assez vite, vers l’âge de 7 ou 8 ans, les autres ont pris une signification forte dans mon esprit. Les autres sont devenus l’incarnation du danger pour moi. Quand je dis les autres, ici je parle surtout de ceux de mon âge, de ma génération. Les plus jeunes étaient plus ou moins inoffensifs, car encore trop jeunes pour être autre chose vis-à-vis de moi. Quant aux adultes, ils représentaient encore pour moi, dans la majorité, la sécurité et l’assurance d’être laissée en paix. Il est beaucoup plus probable qu’eux, à la différence de ma génération, savaient « faire le beau », à savoir dissimuler leur étonnement et inquiétude face à ma différence. Et qu’ils avaient suffisamment de recul, pour certains, pour m’accepter telle que j’étais.

Je percevais donc les autres comme un danger potentiel. Je sentais autour de moi une sorte de brouillard, lourd de murmures et de regards en biais. Je sentais, toujours d’instinct, qu’ils étaient dans un cercle et moi dans un autre. Et au fond de moi, une toute petite voix se faisait entendre. Elle me disait que si j’essayais de sortir de mon cercle pour aller dans le leur, ne serait-ce que pour passer faire un petit coucou, ils se jetteraient tous, comme un seul homme, sur moi et me mettraient en pièces. Évidemment, c’est là une image que j’utilise. En réalité, ce à quoi je m’exposais, c’était des moqueries acides, des formes d’humiliation publique etc. Et ce pressentiment s’est confirmé avec le temps, ô combien béni, du collège.

Déjà en CM2, des prémices se faisaient sentir. Je débarquais dans une nouvelle école à L’Aigle, après avoir passé trois années à Damville. Dans cette école qui pour moi représentait un nouvel univers, la plupart se connaissait depuis le CP voire la maternelle. Et moi, j’arrivais en fin de cycle. Je vous laisse imaginer la situation. Même si je parvins à me faire des copines dans cette école et à me « fondre » dans la masse, j’arrivais déjà avec un sérieux handicap. Je ne faisais pas partie du clan des origines. Je n’étais pas totalement des leurs. Avec un pareil acquis, j’étais donc plus vulnérable. Tout comme dans les meutes de loups, l’ancienneté et le degré d’appartenance au groupe jouent un rôle majeur dans les groupes d’enfants. D’instinct, le réflexe de meute s’imposait. J’avais plus de risques qu’un « vieux de la vieille », quelqu’un de présent dans la meute depuis les débuts, d’être mise au pilori. Et il ne leur fallut pas longtemps pour remarquer toutes ces petites ou grandes différences chez moi. Des différences qui devenaient des tares. Ainsi, en CM2, le tableau fut posé. J’étais bizarre, je parlais bizarre (on me l’a dit texto « Tu parles bizarre »), je n’avais pas la télé et ne semblais pas en souffrir, j’écoutais de la musique classique ( et le plus récent que j’écoutais remontait à Dalida, Jacques Brel ou ABBA). Bref, je n’étais pas comme les autres.

Vint alors comme je l’ai dit, la sixième. Quel fut l’élément déclencheur ? Je ne sais pas trop. Peut-être était-ce l’effet collège, l’effet adolescence ? Il est vrai que d’ordinaire, les enfants sont connus comme étant moins intolérants que les adolescents. Les ennuis commencèrent donc réellement en sixième lorsque mes petits camarades firent une découverte sensationnelle et inédite. Oui, je prends un ton ironique, sarcastique, puisque déjà à l’époque cela me semblait ridicule, mais aujourd’hui encore plus. Mes petits camarades découvrirent donc… que je ne disais pas de gros mots. Stupéfaction! Comment pouvais-je vivre sans gros mots ? Outrage ! Puisque je dédaignais ce registre qu’ils utilisaient à gogo, il était certain que je les méprisais voire pire les dédaignais eux aussi ! L’idée fut très vite inacceptable pour eux. On me harcela de question « Pourquoi tu dis pas de gros mots ? » « Pourquoi tu veux pas en dire ? » « Comment tu fais pour parler si t’en dis pas ? » etc, etc. Et l’on essaya de me remettre dans le droit chemin, de m’en faire dire. Évidemment, ils n’obtinrent pas gain de cause. D’autant que je ne comprenais pas leur démarche. Ils étaient dans cet état pour ça ?! Pour le coup, j’avais le sentiment de venir d’une autre galaxie. L’épisode, fort heureusement, ne s’éternisa pas, puisque le directeur intervint et fit cesser ce charivari de stupidité, qui pour le coup prenait le chemin du harcèlement si cher à nos écoles modernes.

Mais le mal était fait. D’une part, eux avaient pris goût à ce sentiment qui les prenait quand ils s’agglutinaient tous autour de moi, seule et désarmée. Quant à moi, j’avais pleinement pris conscience de leur dangerosité. Si pour une histoire de gros mots, je pouvais être ainsi mise au pilori, lapidée et exposée comme une vulgaire bête de foire, n’importe quel autre détail, en apparence insignifiant, pouvait provoquer des faits semblables. C’était arrivé une fois, pourquoi pas d’autres fois ? À partir de là je devins silencieuse et discrète, ou comme le déplora un de mes professeurs dans son appréciation sur un de mes bulletins scolaires, « trop discrète ». Je fis silence pour éviter d’être attaquée à cause de mes propos. Je fis attention à mes cheveux, mes vêtements, le moindre cheveu rebelle, le moindre pli vestimentaire de travers pouvait m’être fatal. Sans parler de mon physique.

Bref, vous l’aurez compris, j’avais peur des autres et du regard des autres. Pour ma survie, je cachais, taisais la vraie moi et ne donnais plus à voir qu’une figure la plus neutre possible, la plus lambda possible. Je ne voulais pas qu’on me voit. Si on ne me voyait pas, j’étais en paix, j’étais sauvée. Je ne m’autorisais à être moi-même avec personne. Sauf deux personnes. L’une était une amie que j’avais gardé de l’époque de Damville. Elle fut, jusqu’à mes 14 ans, ma meilleure amie. Mais quand ses parents se séparèrent alors, je n’eus plus jamais de nouvelles d’elle. Je la perdis. Le choc fut d’autant d’autant plus déchirant que deux années auparavant, mes « copines » au collège m’avaient lâchée, me laissant seule au milieu de cette masse menaçante. Des doutes sur moi-même s’installèrent et je me persuadais que j’étais mauvaise, un problème plus qu’une personne. C’est vers ces années-là que j’ai commencé à me détruire psychologiquement. Adolescente introvertie et mal dans sa peau, voilà un combo parfait. Et c’est en partie à cause de cela que je me suis, sans m’en rendre compte à l’époque, de facto écartée de l’autre personne avec laquelle je pouvais être moi-même sans crainte. Depuis ma plus tendre enfance, alors que j’avais plus ou moins peur des autres, jamais je n’ai eu peur de cette personne. Jamais je n’ai senti d’animosité quelconque en émaner. Et c’était le seul cas. Même de ma meilleure amie, au début quand je n’étais pas encore sûre d’elle, j’avais un peu peur. Elle faisait après tout partie des autres. J’ai complètement perdu la première personne, et la deuxième, même si il fait toujours partie de mon entourage, je l’ai de facto perdu et cela par ma faute.

J’ai ainsi évolué, isolée des autres, renfermée dans ma bulle protectrice grosso-modo jusqu’à mes 18 ans. Ce qui m’empêcha de me détacher totalement du reste du monde humain, ce furent les rares personnes qui approchèrent et acceptèrent, malgré la différence, la version de moi que je voulais bien donner. De ces rares personnes, j’en ai gardé deux à ce jour. Elles se reconnaîtront certainement en lisant, mes deux amies du lycée, les seules que j’ai pu gardé de mes années noires, les 18 premières. Mais même à elles, je n’ai jamais tout dit, tout montré. Évidemment par peur. Mais pas par peur d’être attaquée, contrairement aux autres, mais plutôt par peur de les faire fuir et de les perdre. Mes mauvaises expériences de collège m’avaient forgé l’idée qu’on m’abandonnait à cause de la vraie moi que j’essayais de cacher. J’étais persuadée, et sans doute le suis-je encore, que si je me montrais telle que je suis réellement, tous sans exception me fuirait. La vraie moi ne pouvait être acceptée par personne, à part peut-être le bon Dieu.

J’ai donc pris cette habitude de tout cacher de moi. De ne rien dire de moi. Et il est probable que c’est cette habitude qui a renforcé un trait de caractère déjà présent chez moi. Au lieu d’attirer l’attention des autres sur moi, je préférais attirer mon attention sur les autres. Assez paradoxalement, alors que j’ai toujours eu peur des autres, que je les voyais comme une menace, j’ai toujours voulu donner aux autres, partager avec les autres. C’est incontestablement lié à mon caractère introverti. Autant je n’ai pas vraiment besoin de puiser chez les autres pour me ressourcer, autant je ressens le besoin de leur donner, de partager avec eux ce que j’ai cultivé à travers mon moi intérieur. D’où mon penchant notamment pour l’enseignement. C’est tout simplement ce besoin de donner aux autres. Cela ne veut pas forcément dire que je sais d’emblée comment faire, ni que j’y parviens. Pourtant ce besoin existe. Il va même dans certains cas jusqu’à se traduire par une négation de moi au profit des autres. Une négation de la moi mauvaise, inutile et rejetée, pour le bien des autres. Pour compenser d’une certaine façon. Pour devenir meilleure, utile et peut-être acceptée, même si cette dernière chose j’y ai quasiment renoncée depuis quelques années.

Pendant quelques années, l’idée des autres comme danger a prédominé chez moi, étouffant l’autre alternative. Mais avec la fac, cette idée a peu à peu régressé et aujourd’hui c’est plutôt l’idée des autres auxquels donner qui prédomine. Oh ne vous méprenez pas surtout ! Je garde à l’esprit que les autres hélas, peuvent réellement être dangereux pour moi. Mais j’arrive à faire un peu plus la part des choses. J’ai compris qu’il n’y avait pas juste blanc et noir, mais plutôt un tout petit peu de blanc pur, une infinité de déclinaisons de gris et, malheureusement, du noir pur, plus que de blanc pur.

Le changement s’est donc fait à mon arrivée à la fac. J’avais choisi Bordeaux, pour une raison très simple. C’était à l’autre bout du pays, loin de ma Normandie natale, loin de des autres que j’avais côtoyé les 18 dernières années et qui étaient une source de terreur pour moi. Loin de ces étiquettes, pleines de miasmes, qui me collaient à la peau et dont je voulais à tout prix me débarrasser. En allant à Bordeaux, j’espérais faire peau neuve, j’espérais une deuxième chance. Et Dieu me l’a accordée cette deuxième chance. Pour la première fois de ma vie, j’allais en cours sans boule au ventre. J’y allais même avec plaisir. J’avais le sentiment d’être enfin acceptée au sein d’une meute. Et même si je cachais encore à quel point je pouvais être différente, je voyais qu’on acceptait l’idée que je puisse être différente. C’était même salué. En devenant étudiante, j’ai non seulement goûté à la liberté de jeune adulte, mais j’ai avant tout pris conscience combien avoir des copines qui souriaient en me voyant, des copines avec qui je pouvais rire sans prise tête, des copines devant lesquelles je pouvais sortir un peu de ma carapace, était un bonheur précieux. Avant elles, je n’en avais pas vraiment conscience. Toutes ces choses que je n’avais pu réellement connaître avant, tant j’étais étouffée par cette atmosphère pesante et anxiogène. Ces amies, elles se reconnaîtront j’en suis certaine, m’ont donné bien plus qu’elles ne peuvent l’imaginer et bien plus que j’aurais osé espérer. Elles m’ont appris à respirer sereinement en leur présence, à m’aimer un peu plus, à être un peu plus patiente avec moi-même, ou plus sévère selon les cas. Et c’est à elles que je dois la chaleur et le bonheur de mes premières années de fac. C’est grâce à elles que j’ai appris à ne plus avoir peur des autres, que j’ai appris à faire confiance. Elles m’ont aussi fait prendre conscience de la valeur de certaines personnes, comme les deux amies que le lycée m’avait laissées. Avec les fac et mes amies de fac, j’ai fini par comprendre combien ces deux amies étaient précieuses et combien j’avais été chanceuse que le bon Dieu me les envoie quand je me haïssais le plus.

Depuis, je me suis mise à voir les autres différemment, à ne plus les voir comme des êtres pouvant me menacer, mais plutôt comme des êtres auxquels donner. Donner de moi-même, de mon temps, de mon cœur, mes fiches de révision, mes brouillons d’examens… Donner n’importe quoi, ou presque, pourvu que cela vienne de moi. Ce besoin est d’abord, bien évidemment, né à l’encontre de mes amies, devenues des trésors, des êtres dont je me sentais redevables, que je voulais défendre, protéger.

C’est comme cela que s’est développé ce trait de caractère, caché depuis longtemps : mon être au service des autres et avant tout de ceux qui me sont chers et que j’aime. Car même si j’ai retrouvé un peu d’estime de moi et de confiance en moi, je garde au fond de moi l’idée que je ne vaux pas grand-chose. Mais contrairement à avant où j’estimais être trop mauvaise et inutile pour mériter de vivre, forme d’égoïsme ; désormais j’ai fait le choix de m’améliorer, non pas pour être acceptée des autres, mais pour me mettre au service de leur bien, pour pouvoir les protéger, les aider, avoir une utilité vis-à-vis d’eux.

Autrefois, j’avais peur d’être une louve solitaire ; seule et incomprise, perdue et abandonnée. Aujourd’hui, je ne crains plus d’être une louve solitaire. Je l’accepte, car je comprends que ce n’est qu’en avançant en louve solitaire que je peux être enfin utile aux autres et défendre ceux que j’aime tant. Mon engagement ne va pas à moi-même. Mon engagement va aux autres.

Ma Bonne Maman du Ciel

Je n’ai pas été comme Sainte Thérèse ou Sainte Catherine, qui perdirent très jeune leur mère et qui se tournèrent vers la Sainte Vierge, la choisissant comme nouvelle maman. J’ai toujours ma mère et pourtant cela ne m’a pas empêchée de vouer une affection forte à la Vierge Marie. Cela ne m’a pas empêchée de la considérer comme une maman, de l’appeler ma Bonne Maman du Ciel. Très certainement pour beaucoup, cette dévotion à la mère du Christ peut sembler curieuse, voire ridicule. Comment peut-on croire à tout cela ? Comment peut-on aimer autant une personne qui n’a peut-être pas existé et surtout que l’on n’a jamais vu ? Pour beaucoup, c’est irrationnel. Mais le rationnel est quelque chose de restreint, aux limites étroites. Et il y a des choses qui ne connaissent pas de limites. On pense souvent à l’Amour, sous toutes ses formes. La Vierge Marie en est une. Elle symbolise, incarne l’amour envers Dieu, l’amour de Dieu, l’amour maternel inconditionnel. Elle est la définition même de la foi, de l’Amour. Quant j’étais petite, on me disait « Dieu est Amour », et c’est vrai. Mais pourtant à mes yeux, l’expression la plus forte de ce qu’est l’Amour, c’est la Sainte Vierge. Elle aimait Dieu, avait foi (confiance, si le mot foi vous effraie) en lui au point d’accepter sans hésiter la grâce, la terrible tâche que vint lui annoncer Gabriel. Car être la mère du fils de Dieu ne pouvait pas être tâche toute rose, c’était inévitablement un chemin semé d’embûches. Mais par amour elle s’y voua toute entière, s’y abandonna. Et c’est cet amour qui l’a guidée tout le long, jusqu’au Vendredi Saint, et même après. Et tout comme elle est guidée par l’Amour, elle guide. Elle me guide. On a tous une figure, ou plusieurs parfois, qui nous inspire et nous guide. Dans mon cas, le point lumineux, à la fois lointain et proche, vers lequel mon regard se dirige chaque jour, c’est la dame couronnée d’étoiles, la lune sous ses pas, comme le dit si magnifiquement le chant « Couronnée d’étoiles » que j’affectionne tant. Beaucoup croient, à tort, que le féminisme c’est le mouvement qui veut mettre la femme au-dessus de tout, la mettre en lumière, en valeur. Le vrai féminisme ce n’est pas ça. Mais si l’on reste sur l’idée de la femme mise en valeur, de la figure féminine forte et « supérieure » (je n’aime pas vraiment l’usage de ce terme dans ce cas précis, mais je n’en trouve pas d’autres), oubliez donc toutes les superwoman et autres utopies, toutes ces figures irréalistes et guerrières. La vraie femme, la femme forte comme on dit, n’est pas une guerrière, armée jusqu’aux dents, aux super-pouvoirs ou je ne sais quoi d’autres. Ce n’est pas non plus la femme en tailleur aux dents à rayer le parquet et qui a réussi une carrière brillante. Je ne dis pas que c’est mal que certaines femmes veuillent faire carrière. Je dis juste que la vraie femme, ce n’est pas ça. Cette figure de la femme forte et puissante n’est pas comme on l’imagine. Elle au contraire silencieuse, effacée, toute de douceur et d’amour. Rien à voir avec une guerrière aussi forte qu’un homme. Cette figure, c’est tout simplement la Vierge Marie. Avec Eve, la femme a montré une de ses faces, celle qui penche du côté du péché, celle qui amène le mal. Il n’y a qu’à voir dans l’Histoire, combien de guerres, de conflits en tout genre, furent causés par des /à cause de femmes. Combien d’hommes se sont perdus, ont commis de terribles erreurs, pour une histoire de femme ? Évidemment, c’est une partie de la femme que beaucoup de féministes rejettent, en s’appuyant sur la partie analogue qui existe chez les hommes. Pourtant cet aspect existe, qu’on le veuille ou non. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien d’autres. D’autres figures bibliques ont montré que la femme n’était pas que source de mal et de péché. Il y eut Esther, prête à faire le sacrifice de sa vie pour sauver son peuple du massacre, il y eut Judith qui décapita elle-même un général babylonien pour sauver son peuple de l’invasion, ou encore Ruth, qui quitta son pays et ses idoles pour rejoindre le peuple juif et Dieu, cette même Ruth qui fut l’ancêtre du roi David. Et il y en a pleins d’autres, des figures féminines bibliques qui montrent que la femme peut avoir de bons côtés, qu’elle peut être forte et courageuse et source de bien. Mais c’est avec la Sainte Vierge que Dieu a redonné à la femme sa place. Au catéchisme, on me disait que Marie avait racheté la faute d’Eve, qu’Eve symbolisait la femme comme pécheresse et que Marie incarnait la réconciliation entre Dieu et la femme. Avec Marie, la femme n’était plus juste une source de fautes. Mais pourquoi est-ce que je choisis, désigne Marie, et non pas Esther ou Judith, comme la figure emblématique de la vraie femme ? Oui, ces femmes ont fait preuve de courage, de force, d’intelligence, mais il leur manque quelque chose. Quelque chose que la Sainte Vierge a. Et quand je dis quelque chose, je pense à deux chose en particulier. La première semble évidente je pense. Vous connaissez un des noms qu’on lui donne ? Celui qu’elle utilisa d’ailleurs quand Bernadette lui demanda son nom. L’Immaculée Conception. Celle qui fut conçue sans péché, toute de pureté. Ce qu’il manque à Esther ou Judith, c’est tout simplement cette pureté lumineuse et étincelante dont nous irradie la Sainte Vierge. Cette pureté qui lui valut de trouver grâce aux yeux de Dieu. Ce qu’il manque d’autres à ces femmes, c’est cette chaleur et cette douceur qui caractérisent Marie, cette chaleur et cette douceur propre à une mère. Selon moi, la vraie femme est mère. La femme la plus forte, la plus puissante, la plus belle, c’est celle qui est mère. La Sainte Vierge est tout cela. Elle n’est faite que de pureté, d’amour et de maternité. Elle fut d’abord la mère du Christ, qui à sa mort nous la confia comme notre mère à tous. Pourquoi fit-il de sa mère la mère de toute l’humanité ? Pourquoi donc ? Tout simplement parce qu’il existait trop d’amour en elle pour qu’elle ne fut la mère que d’un seul être. La Sainte Vierge est une source d’amour infinie, intarissable. Aussi ne pouvait-elle qu’être notre mère à tous, ne pouvait que dispenser son immense amour à nous tous. C’est d’ailleurs son amour maternel qui rend sa lumineuse pureté non pas aveuglante, mais réconfortante. Pour moi, la Sainte Vierge, c’est une maman à l’amour infini dans les bras de laquelle je peux me nicher, trouver chaleur et réconfort. Elle ne parle pas beaucoup, ne se montre pas à tous, mais pourtant elle est toujours là, présente à chaque instant. La vraie femme n’est pas hyper-active, toujours sur le qui-vive, pleine d’énergie et dynamique. Elle est effacée et silencieuse mais présente en permanence, à intercéder pour chacun de nous. Elle ne demande que cela d’ailleurs. Elle aime plus que quiconque, mais sans bruits, sans éclats. Elle aime en silence, en douceur et nous guide à chaque pas, patiente telle une mère qui tient la main de son enfant qui apprend à marcher. C’est tout cela que le mot Bonne Maman du Ciel englobe pour moi. Elle est Douceur, Patience, Lumière et Amour. Elle est ce pilier inébranlable pour toutes et tous. Elle est cette étoile qui guide et inspire. Combien de poèmes et de chants furent composés pour elle, combien de peintres essayèrent de reproduire sa beauté, combien de statues d’elle furent érigées sur Terre ? Rien n’est plus chaud que les bras de la Sainte Vierge. Rien n’est plus beau que le sourire de la Sainte Vierge. Rien n’est plus lumineux que le regard de la Sainte Vierge. Rien n’est plus éternel que l’amour de la Sainte Vierge. Nulle femme n’est plus belle que la Sainte Vierge. Elle est le point de départ et le point d’arrivée. C’est elle qui nous apprit à marcher sur cette Terre et c’est elle qui nous accueillera à bras ouverts quand nous irons au Ciel. Voilà qui est ma Bonne Maman du Ciel.

L’esprit du saule

Les arbres sont bien plus que des végétaux de plus ou moins grande taille, qui nous offrent ombrage, feuillages, fleurs et fruits. Lors de la Création, Dieu insuffla la Vie à l’Homme. En lui insufflant la Vie, il imprima également différentes marques sur l’esprit, le caractère de l’Homme. Et ces marques peuvent être retrouvées chez les arbres. Nombreux furent les peuples qui cherchèrent ce lien entre l’Homme et les arbres.

Chaque variété d’arbre possède ses caractéristiques propres, son tempérament propre; à l’image de chaque humain qui possède ses qualités et défauts personnels.

Au milieu de toute cette multitude de variétés arboricoles, se dresse celle du saule; le plus connu d’entre-eux étant le saule pleureur. Cet arbre gracieux, qui aime pousser le long des rivières et au bord des étangs. Le saule se caractérise et se distingue avant tout par son apparence. Ses longues branches tombantes sont associées à l’été et aux après-midi à la campagne passés au bord d’un lac, après un pique-nique. Le délicat feuillage et le tronc biscornu et noueux évoquent les amoureux et leurs rendez-vous. Le saule est tout cela et bien plus. En effet, même si le saule est ainsi souvent associé à la légèreté, à l’insouciance, aux jours heureux du printemps renaissant et de l’été triomphant, il est également autre chose. Derrière son apparente insouciance, le saule cache à la fois vulnérabilité et force.

Le saule est cet arbre qui joue avec le vent, se riant de ce dernier en ondulant ses longues branches fines et souples. Le saule ne redoute pas le vent, mais au contraire l’affronte et lui fait face, debout tel un roc. Ce n’est que lorsque le vent devient d’une violence rare et inouïe que le saule peut voir certaine de ses branches casser. Ce sont les branches mortes, usées par le temps, qui cassent les premières.

Le saule est donc un arbre souple et résistant pour une grande partie du temps, puisque comme toute chose en ce monde, il possède lui aussi ses limites. Celles-ci sont seulement plus larges que d’autres. Cette grande souplesse et donc résistance du saule a pour but de pallier au défaut majeur de cet arbre: sa fragilité; défaut assez paradoxal. Car tout résistant qu’il puisse être, le saule n’est pas robuste, mais fragile. Il peut tenir longtemps sous les assauts du vent. Mais ces attaques, à force d’être répétées, finissent toujours par émousser sa longue résistance et parviennent à le blesser, souvent grièvement.

Il est désolant à voir le saule s’est vu arracher une énorme branche par un vent violent. Autant le saule verdoyant aux nombreuses branches ravit les cœurs, autant le saule amputé par le vent fend les cœurs. Et c’est à cet instant précis que se manifeste une autre caractéristique du saule.

Alors que l’arbre semble condamné, blessé de partout, il continue à vivre, même si on ne le voit pas. Lentement, mais sûrement, à l’endroit où cassa une énorme branche noueuse, apparaissent de nombreuses jeunes pousses insignifiantes. A l’image du chêne, ces pousses de saule se développent avec une extrême lenteur. Pourtant, elles se développent, et c’est ainsi qu’au fil du temps, une gerbe de jeunes branches pleines de promesses, vient remplacer la grosse branche de jadis. Et le saule retrouve de la sorte sa beauté et sa grâce d’antan. On peut dire qu’il s’auto-régénère, à l’image du phénix qui renaît de ses cendres.

Le saule est donc un arbre qui protège sa fragilité par la souplesse et une forte résistance, et qui, malgré les chocs et les tempêtes, persiste à vivre et à grandir, faisant preuve de ténacité.

Le saule est un arbre indépendant qui ne cherche pas à pousser droit come d’autres, le sapin par exemple, à se ranger. Il préfère nouer ses branches, se pencher d’un côté plus que d’un autre. Si il est vrai que chaque arbre est unique, cela est encore plus vrai quand il s’agit du saule. Le saule suit son propre cheminement, grandit à sa guise et selon ses règles propres.

Le saule tire ses forces; résistance, indépendance et ténacité; de ses racines. Celles-ci sont très longues et vont souvent chercher loin ses nutriments. Le saule puise ses forces dans la terre et avant tout dans l’eau. C’est pour cette raison qu’il pousse toujours à proximité d’un point d’eau dans lequel il lui est possible de puiser sans relâche et continuellement.

Grâce à ses puissantes racines qui puisent inlassablement dans la terre et dans l’eau, le saule ne sera jamais déraciné par le vent qui ne peut que casser ses branches. Sans doute faut-il voir dans cette fragilité du saule une contrepartie à la force de ses racines. En échange de cette robustesse souterraine, il lui fallut accepter une fragilité aérienne.

Grande résistance, souplesse, fragilité, esprit d’indépendance, ténacité, racines profondes et robustes, voilà quelles sont les caractéristiques du saule.

Et il se trouve que certains humains ont hérité de l’esprit du saule, en sont animés. Etre animé par l’esprit du saule, cela signifie en présenter les caractéristiques et les mêmes traits de caractère. Tout comme le saule, certains humains se montrent très résistants face aux difficultés de la Vie et font parfois preuve d’une grande souplesse. Stoïques, ils peuvent affronter épreuve après épreuve sans broncher. Et tout comme le saule, ils peuvent ressortir grièvement blessés par certaines tempêtes. Blessés au point qu’on les croit incapables de s’en relever. Croyance qu’eux-mêmes partagent le plus souvent. Pourtant à leur insu, et à l’insu de tous, ils possèdent en eux la force nécessaire pour se relever. Tout comme le saule, ils gardent de profondes cicatrices qui ne disparaissent jamais, cicatrices sur lesquelles viennent se développer de nouvelles pousses. Ceux qui sont animés par l’esprit du saule peuvent résister longtemps aux intempéries de la Vie, mais finissent par être brisés sur la route. Ceux qui sont animés par l’esprit du saule possèdent en eux la force de se relever, même si cela leur demande beaucoup de temps, parfois une vie entière.

Et tout comme le saule, ils puisent leurs forces dans leurs racines, alimentées par un point d’eau. Aussi longtemps qu’ils ont un puits ou un point d’eau à proximité dans lequel plonger leurs racines et puiser inlassablement, ces personnes endureront tout, malgré les blessures certaines. Ils resteront fidèles à eux-mêmes, droits dans leurs bottes, et jamais ne voudront se fondre dans quelque moule que ce soit. Ils grandiront comme ils l’entendent, s’attireront très certainement des coups de vent pour cela, mais jamais ils ne céderont. Enfonçant profondément leurs racines, ils résisteront aux tempêtes, aux courants. Et tout comme le saule qui se rit du vent en faisant jouer ses branches avec, ceux qui sont animés par l’esprit du saule, laissent les tendances du monde les effleurer seulement et évoluent fièrement, différents au milieu de la multitude uniforme.

Avril 2022.

Mes travaux universitaires arrivent sur le site!

Bonjour à tous ! Je vous annonce l’arrivée prochaine, au 1er septembre prochain, de mes travaux universitaires sur ce site.

Après mûre réflexion, j’ai finalement décidé de les rendre consultables, au même titre que mes ouvrages littéraires. Ayant moi-même été étudiante, ayant parfois eu des difficultés à trouver une version gratuite en ligne d’articles de chercheurs pour mes travaux, je ne comprends que trop bien ce souhait des étudiants d’avoir accès à de nombreuses sources en ligne. Or, j’estime que les articles de recherche, l’information, les données scientifiques etc ne devraient pas être cachés au public. La connaissance doit être partagée à un maximum selon moi. C’est pour cette raison que je choisis de rendre public mes modestes travaux, espérant donner des pistes à d’autres, encourager autrui à s’informer et s’instruire sur ces sujets, transmettre et diffuser tout simplement ces connaissances que j’ai acquises au fil de mes années universitaires.

J’espère pouvoir, grâce à ces dossiers etc, servir d’exemple d’un point de vue méthodologique auprès des apprentis chercheurs, élargir les horizons de ceux qui me liront, encourager chez certains l’approfondissement de l’étude des différentes questions abordées.

Rendez-vous le 1er septembre sur ce site, pour retrouver tous mon travail universitaire personnel en libre accès.

Bonnes lectures à tous !

En attendant, voici en image un petit aperçu.